Bulletin n°38 2009-2010                                                                      Rechercher      Page précédente    Accueil      Plan du site

 

 

NÉOLITHIQUE FINALCHALCOLITHIQUE

INSTRUMENTS PERFORÉS DÉCOUVERTS EN MORBIHAN

 

                                    Alain Le Guen

                                        SAHPL

 

 

 

 

Planche 1 Haches naviformes - Haches-marteaux

Planche 2 Hache bipenne dissymétrique

Planches 3 Ebauches d'instrumets perforés

 

Durant la période de transition, Néolithique final (vers 2300 av. J.-C.) et le Chalcolithique annonçant l’usage des métaux (vers 1700 av. J.-C.), des populations originaires d’Europe Centrale et Septentrionale vont se répandre en direction de la partie occidentale du continent européen.

Porteurs d’une nouvelle technique d’instruments perforés, en pierre polie, divers courants migratoires vont transmettre leur savoir-faire auprès des différentes cultures néolithiques ; il en résultera une panoplie élargie d’objets perforés dont il est difficile, parfois, d’organiser la classification !...

En Armorique, à la suite de ces contacts, de petits ateliers de production vont développer leurs propres techniques de fabrication d’instruments perforés, à partir des gisements de « roches dures » issues du Massif Armoricain (dolérite, diorite, éclogite, hornblendite…). Sur la côte sud du Finistère, l’atelier de Kerlévot en Pleuven va attirer particulièrement l’attention de nos chercheurs contemporains ; l’emploi d’une nouvelle « roche dure », la méta-hornblendite du type C, reconnue par MM. Giot et Cogné, a permis aux artisans néolithiques, prospecteurs avertis, de façonner une série limitée de « haches de combat » dites « haches bipennes » et « haches-marteaux ».

Par le biais des échanges maritimes et fluviaux (ce qui suppose un embryon de navigation), la fabrication de ce nouveau matériel essaime le long du littoral Atlantique, jusqu’en Poitou-Charentes, gagne le Centre en empruntant le Val de Loire, et entre en contact avec le Bassin Parisien.

 

« Haches de Combat » ou « Haches d’apparat ».

La dénomination « haches de combat » couramment employée est-elle appropriée pour définir certains instruments perforés, en pierre polie ou, doit-on lui préférer les termes élégants d’objets « d’apparat ou de prestige ? ». «  Haches de combat », par sa connotation guerrière, m’afflige !...

Force est de constater cependant que de lourdes pièces perforées devaient probablement être emmanchées et, lorsque l’on possède de telles armes, on s’en sert !... « Haches d’apparat ou de prestige » me convient mieux ; toutefois qui dit prestige, implique une société hiérarchisée avec ce qu’elle comporte d’abus de pouvoir.

Alors ! que choisir d’autre ? Simplement « bipennes » ou « haches bipennes », car elles possèdent deux tranchants opposés ; ou encore « haches bipennes symétriques » parceque leur perforation se trouve au centre de la pièce, (ce sont de vraies bretonnes !) ; dans d’autres terroirs, elles sont dissymétriques.

Finalement, certaines haches perforées sont qualifiées de « naviformes », quand elles ne sont pas traitées de « marteaux ». « Naviformes » ! Voilà une surprenante catégorie qui, par l’harmonie de leurs proportions, vous font rêver de voyages… Ce terme convient mieux à la présentation de rares pièces sortant du lot habituel des haches ou herminettes polies, usuelles, destinées à des activités agraires ou de déforestation.

Ces haches, récoltées pour la plupart hors contexte, suscitent de la part de leurs découvreurs, admiration et étonnement devant les prouesses techniques de façonnage, de perforation et de polissage !

 

Et voguent les « haches naviformes ».

« Naviformes », d’accord ! mais de quels types d’embarcations légères voulons-nous parler ? En canoë ou en kayak ; deux sortes de productions semblent sortir de l’atelier de Kerlévot en Pleuven. L’une, par son profil a des allures de « canoë amérindien » (G. Chevalier ; 2007), elle provient de l’Armor-Pleubian (Côtes d’Armor). La seconde, « bipenne symétrique » de l’Île de Groix, ainsi qu’un fragment de Kervignac (Morbihan), seraient plutôt du genre « kayak », embarcation traditionnelle des Esquimaux… Loin de moi l’idée de vouloir souffler le « chaud et le froid », mais le constat est troublant !

Sans vouloir affronter la haute mer, les hommes du Néolithique armoricain ont certainement dû concevoir un type d’embarcation propre à la fréquentation du littoral ; du genre « curragh » que l’on trouve encore sur la côte ouest de l’Irlande. D’autres populations de l’arrière-pays, pour leurs échanges le long des fleuves et des modestes rivières, abandonnèrent la traditionnelle pirogue de leurs ancêtres ; embarcation creusée au feu et taillée à l’herminette, dans un tronc d’arbre, mais lourde et incommode à manœuvrer ; au profit d’esquifs plus maniables à armature de bois recouverte de peaux cousues ; propulsées à la pagaie simple ou double suivant le type « canoë », ou le type « kayak ».

En conclusion, nous assistons à une compétition de « canoë-kayak », discipline sportive très prisée de nos jours.

 

VARIÉTÉ D’INSTRUMENTS PERFORÉS

 

Haches naviformes - Planche 1

 

N° 1 - Île de Groix : Saint-Sauveur.

Bipenne symétrique intacte, découverte dans un jardin. En hornblendite du type C ; d’un vert sombre piqueté de petits cristaux noirs ; provenance probable : Kerlévot en Pleuven, Finistère-Sud. Elle mesure 160 mm de long, 40 mm de large au centre ; son épaisseur au centre est de 30 mm pour 38 mm aux tranchants. Fusiforme, légèrement arquée ; perforation régulière de 26 mm de diamètre. Son poids est de 320 g.

N° 2 - Kervignac : Kervarec. 

Fragment de bipenne symétrique, cassée au niveau de la perforation. Découverte dans un champ, hors structures. En hornblendite du type C, de teinte, vert olive piqueté de petits cristaux noirs, originaire de Kerlévot en Pleuven, Finistère-Sud. Le fragment mesure 75 mm de long, 38 mm de large au centre de la pièce ; son épaisseur au centre est de 33 mm et de 40 mm au tranchant. La perforation régulière a un trou de 20 à 23 mm de diamètre. Le poids du fragment est de 167 g.

Un essai de reconstitution de la hache bipenne, permet de supposer qu’à l’origine, la longueur avoisinait 160 à 163 mm. Son poids devait être de 340 g environ.

Planche 1 Haches naviformes - Haches-marteaux  (cliquer pour agrandir)

Planche 1Haches naviformes : N° 1 – Ile de Groix ; St Sauveur. N° 2 - Kervignac ; Kervarec.

Haches-marteaux : N° 3 - Plumelec ; Ker Lanoë. N° 4 - St Servant sur Oust ; Saint-Gobrien.

 

La provenance de la roche employée et les dimensions proches de la bipenne symétrique de Groix, font de ce fragment un jalon de la diffusion par mer des productions sud-finistériennes.

 

Haches-marteaux – Planche 1

 

N° 3 – Plumelec : Ker Lanoë.

Partie tranchante d’une hache-marteau, brisée au niveau de la perforation. Découverte dans un champ, hors structure. En diorite d’un gris jaunâtre. Le fragment mesure 60 mm de long, 60 mm de large au centre de la pièce ; son épaisseur est de 43 mm. La perforation biconique, au polissage parfait, a un diamètre minimum de 30 mm et un diamètre maximal de 40 mm. Le poids du fragment est de 180 g.

 

N° 4 – Saint-Servant sur Oust : Saint Gabrien.

Hache marteau classique, en forme de triangle allongé. La pièce est parfaitement polie. La partie tranchante est à biseau double convexe symétrique ; le fil du tranchant est convexe symétrique ; en plan, le tranchant est plat. La partie marteau porte de nombreuses étoilures de percussion. Découverte dans la partie basse d’un champ cultivé, en pente douce vers la rivière l’Oust.

La hache-marteau, intacte, est taillée dans de la hornblendite du type C, d’un vert olive pailleté de petits cristaux noirs ; elle provient sans aucun doute du gisement de Kerlévot en Pleuven, Finitère-Sud. Ses dimensions sont : longueur 85 mm, largeur maximale 42 mm ; épaisseur au talon 43 mm. Perforation biconique entièrement lisse, d’un diamètre de 32 mm à la surface de la hache et de 15 mm en son milieu ; le centre de la perforation est situé à 33 cm du talon. Son poids est de 205 g.

 

Nous avons là, une preuve des échanges entre le littoral et l’arrière-pays.

 

 

 

Hache bipenne dissymétrique – Planche 2

 

Melrand : Saint-Rivalain.

Au Nord-Est de la commune de Melrand, se trouvent répertoriés, le tumulus de Saint-Fiacre proche de la chapelle du même nom, et celui de Mottenic, situé à 800 m de la chapelle de Locmaria. La découverte de la hache bipenne dans un secteur plus au sud, landier, au confluent du ruisseau de Brandifrout et du Blavet ; à quelques centaines de mètres de Pont-Mérian, non loin de la butte de Kersager, pose le problème de son appartenance possible, à la Civilisation des Tumulus du Bronze ancien armoricain.

Cette hache bipenne dissymétrique, intacte, de fort calibre et d’une exceptionnelle réalisation, se distingue des productions du littoral par ses dimensions et son poids. Elle est façonnée dans une roche magmatique d’un brun foncé, à fond olivâtre surchargé d’un enchevrêtrement de paillettes jaunâtres et noires (pyroxénite ?). Seul un contrôle sur la lame mince aurait permis une identification plus précise des minéraux constituant la roche employée.

Dimensions : longueur 195 mm ; 72 mm de largeur au centre ; son épaisseur au centre est de 58 mm, pour 48 mm aux tranchants. Chaque tranchant de la bipenne, est à biseau double, convexe symétrique ; le fil du tranchant est convexe symétrique ; en plan, le tranchant est plat. Fusiforme, les bords latéraux sont bombés sur l’épaisseur, en ogives sur la longueur. Perforation régulièrement cylindrique et lisse, de 30 mm de diamètre. Le centre de la perforation est situé à 87 mm de l’un des tranchants et à 108 mm de l’autre. Son poids est de 1100 g.

 

Planche 2 - Hache bipenne dissymétrique (cliquer pour agrandir)

Planche 2Hache bipenne dissymétrique : Melrand ; Saint Rivalain.

 

Ébauches d’instruments perforés – Planche 3

 

N° 1 – Plumelec : Ker Lanoë.

Ébauche de hache en diorite, dont l’abandon se situe au stade d’une préforme losangique rappelant par son profil, les haches-marteaux fusiformes. Le dégrossissage de la pièce a été obtenu par l’enlèvement de petits éclats dont les arêtes n’ont pas été, par la suite, effacées suivant la technique du piquetage-bouchardage.

Le talon de l’ébauche est arrondi ; à partir de ce dernier, sur une longueur de 80 mm, le bord droit légèrement convexe s’oppose au bord gauche très bombé, ce qui provoque une dissymétrie de la pièce. La partie distale de la hache porte sur chacun de ses flancs, une plage de polissage de 80 mm de long, sur 25 mm de large et se termine en un tranchant à biseau double convexe symétrique ; le fil de ce tranchant est convexe symétrique ; en plan il est plat. Aucune tentative de perforation n’apparaît sur l’une des faces de l’ébauche.

L’objet découvert, hors contexte, dans un champ, mesure 160 mm de long, 48 mm de largeur au centre ; l’épaisseur est d’environ 37 mm. Son poids est de 390 g.

 

N° 2 – Mohon : Bodegat.

Galet de quartz, parallélépipédique de 135x95x50 mm ; de coloration jaune ; d’un poids de 980 g. L’une des faces du minéral offre un plan naturel exempt de traces d’abrasion, cette surface présente, en son centre, un trou borgne d’un diamètre de 22 mm et de 30 mm de profondeur. La perforation parfaitement cylindrique, dès le début du perçage, prouve l’utilisation d’un outil muni d’un foret, les stries d’alésage en témoignent.

En l’occurrence, s’agi-il d’une tentative avortée de perforation d’un instrument destiné à recevoir un manche ; dans ce cas le choix d’un minéral de la dureté du quartz (7 à l’échelle de Mohs), à cassure conchoïdale, comporte des risques de fêlures ; l’opération à réaliser est délicate. Peut-être est-il plus simple d’envisager ce trou borgne comme étant celui d’une crapaudine, palier de base d’un arbre vertical servant à de multiples usages !...

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

CHEVALIER G., (2007) – Une hache naviforme en métahornblendite à Larmor-Pleubian (Côtes d’Armor), Bulletin de L’AMARAI n° 20 p. 62-72.

GIOT P.R., BRIARD J., PAPE L., (1979) – Protohistoire de la Bretagne. Ouest France Université, 443 p.

GIOT P.R., MONNIER J.L., L’HELGOUAC’H., (1998) – Préhistoire de la Bretagne. Ouest France Université, 589 p.

LE ROUX C.-T., (1975) – Il y a plusieurs millénaires…Fabrication et commerce des haches en pierre polie. Les dossiers de l’Archéologie. Bretagne préhistorique, n° 11, bimestriel, juillet- août 1975 ; p. 42-55.

LE ROUX C.T. (1999) – L’outillage de pierre polie en métadolérite du type A. Les ateliers de Plussulien (22). travx. du lab. « APQA », n° 43.

ROLLANDO Y., (1985) – La Préhistoire du Morbihan. Le vannetais littoral, bul. de la SPM, (tome III juillet 1984).

 

 

Planche 3 - Ebauches d'instruments perforés (cliquer pour agrandir)

Planche 3Ébauches d’instruments perforés : N° 1 – Plumelec ; Ker Lanoë. N° 2 – Mohon ; Bodegat.