Rechercher     Page précédente    Accueil     Plan du site

 

         

 

AUTOUR DE LA FONTAINE DES ANGLAIS

 

Quelques vestiges de l'attaque de Lorient par les Anglais en 1746

Claude Le Colleter

(SAHPL)

 

 

De nombreux textes évoquent le siège de la ville de Lorient par les Anglais en 1746.

Le présent article a pour objectif d'apporter quelques éléments supplémentaires. Voici comment un article du Nouvelliste du Morbihan du jeudi 6 octobre 1898, rédigé à l'occasion de la fête chrétienne célébrant l’anniversaire de l'évènement, résume sommairement les faits :

 

On sait que le général anglais Synclair débarque avec 6000 hommes dans la baie du Pouldu, s'avance malgré la résistance héroïque des paysans de Ploemeur et de Guidel jusque sur les hauteurs de Lanveur où il établit de puissantes batteries. La ville de Lorient à cette époque était uniquement commerciale ; sa prospérité résidait dans les établissements de la Compagnie des Indes que les Anglais eussent bien voulu détruire ou tout au moins s'approprier. Les forces de défense de la ville ne comprenaient que quelques milices sans cohésion rassemblées à, la hâte […].

Le général anglais, dès le jour de son arrivée le 2 octobre fit sommation à la place de capituler. On refusa et l'on tint jusqu'au vendredi 7 octobre, jour de la fête de Notre Dame de la Victoire et anniversaire de la célèbre bataille gagnée à Lépante en 1551 par les Chrétiens sur les Turcs.

Ce jour là cependant, le Conseil de la ville, malgré l'opposition des habitants qui voulaient combattre, décida de capituler. Or pendant qu'une délégation se préparait à porter les clefs de la ville au camp anglais la foule s’assembla dans l’église et implora N-D de la Victoire […].

Lorsque la délégation lorientaise arriva, avec les clefs, au camp anglais, elle le trouva désert. L'ennemi s'était enfui précipitamment abandonnant ses canons, ses munitions, s’était rembarqué en hâte et les dernières voiles disparaissaient à l’horizon [....].

 

Les représentants de la perfide Albion avaient donc préféré battre en retraite …

Quelques preuves matérielles de ce siège : La fontaine des Anglais

Tous les Lorientais connaissent le quartier du Monistrol, mais beaucoup ignorent la présence de cette fontaine discrète où les Anglais allaient se ravitailler en eau potable.

La fontaine telle qu'elle est visible actuellement rue Monistrol a remplacé un ancien édifice dont fait état Le Nouvelliste le 14 mai 1903:

« Grâce à des travaux opérés par Monsieur le Coupanec, maire de Ploemeur, nos concitoyens peuvent se rendre à cette fontaine située derrière la butte du Polygone. Très gracieuse cette fontaine entourée d'un muret porte l'inscription Fontaine des Anglais et de la victoire 10 octobre 1746. »

Un boulet de canon

En septembre 2009 Mme Annick Le Béchennec, habitant rue de la fontaine des Anglais a fait don à la SAHPL d'un boulet de canon que son mari, Gérard Le Béchennec avait trouvé enfoui dans son jardin vers 1960. D'autres riverains en ont en leur possession.

Une certitude : un boulet de huit livres

Ce type de boulet est fréquemment utilisé au début du XVIIIe siècle par les artilleries de marines anglaises et françaises.

La livre française pesait 0,489 kg, la livre anglaise 0,453 kg. Théoriquement un boulet français pesait 3,920 kg et un boulet anglais 3,620 kg.

 

 

Boulet français ou boulet anglais?

Les batteries anglaises se trouvaient à Lanveur et au Chant des oiseaux. Une batterie française se situait à l'emplacement de l'actuelle Caisse d'épargne, les batteries anglaises sont entrées en action le 6 octobre 1746 mais ont cessé leur activité le 7 octobre, faute de munitions.

La portée efficace était de 800 m mais le boulet pouvait être propulsé jusqu'à une distance de 2,5 km.

Cependant la transformation de fer en oxyde a engendré une perte de poids importante de l'objet qu'il paraît difficile de chiffrer.

Conclusion: en l'absence d'une pesée rigoureusement exacte, il paraît hasardeux d'attribuer une identité de fabrication française ou anglaise à cet objet.

Anecdote :

Au cours de cette attaque de la ville, les tirs anglais démolissent quelques maisons, la porte de l’église Saint-Louis est enfoncée et la chapelle de la Congrégation subit des dégâts réparés deux ans plus tard seulement.

197 ans plus tard, en 1943, les Anglais qui « ont de la suite dans les idées » la brûleront. (p. 33). Le boulet anglais encastré dans la façade sera porté au Musée de Port-Louis. Ce boulet, Monsieur le Maire de Lorient, Jean Le Coutaller l'a rendu le 29 juin 1957 aux Anglais lors de la cérémonie de jumelage avec la ville de Babington (près de Liverpool).

(d’après le Bulletin annuel de la SAHPL - 1989-1990).

Ce moule servant à la fabrication des boulets de canon découvert près du haut fourneau de Néal (1) est l'un des rares objets témoins de l'activité métallurgique plouasnaise au XVIIIe siècle

Pourquoi les indices de telles fabrications sont-ils si rares ?

Le fer se faisant rare à certaines époques tous les objets en fer étaient fondus et orientés vers d'autres productions métallurgiques.

(1) Neal est un village de la commune de Plouasne (22830)

Remerciements à Madame Le Béchennec et Monsieur Denis Stéphant.

Bibliographie

 

Jurbert Jean, Le débarquement anglais en 1746 près de Lorient, Bulletin SAHPL N° 22, 1989-1990, p. 24 à 43

Archives départementales du Morbihan, Archives en ligne, Presse ancienne, Le Nouvelliste du Morbihan, jeudi 6 octobre 1898, 35e année, N°80.

                    Le Patrimoine des Communes des Côtes d’Armor, Flohic Éditions, 1998, Tome 1, p. 340

 

œ 