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DU PREMIER NOUVELLISTE DU MORBIHAN

A

LA DERNIERE LIBERTE DU MORBIHAN

 

Gaby LE CAM S.A.H.P.L.

 

« Vellist ! Vellist !… » C’était le cri des vendeurs de journaux, avant la guerre, en fin d’après midi. Installés à la porte de l’arsenal, place Bisson, place Alsace Lorraine (La Plaine comme on l’appelait encore), ils proposaient aux passants Le Nouvelliste tout frais sorti de l’imprimerie. Leurs appels faisaient partie des bruits de la rue et se mêlaient à d’autres aussi familiers: « Pillots ! Marchands de pillooots ! La belle la fraîche, Peaux de lapins, peaux, Couteaux, ciseaux, rasoirs ! ». Une ambiance joyeuse du vieux Lorient . Après la guerre, Le Nouvelliste ayant changé de titre, ce fut « Libberté ! ». Petit à petit les vendeurs des rues disparurent, concurrencés par la création des dépositaires, puis ce fut au tour du journal lui-même de disparaître un jour d’octobre 1995, il y a maintenant 10 ans.

 

 

 

Le premier titre Le Nouvelliste du Morbihan porte la date du 25 mars 1883, Journal du Peuple, paraissant le samedi au prix de 5 centimes. Le siège, administration et rédaction, se trouve au numéro 100 de la rue du Port. L’éditorialiste de ce premier numéro s’adresse aux lecteurs:

«  Qui serez vous ? Un peu tout le monde, c’est certain. Les premiers lecteurs d’un journal ? C’est banal…. comme tout le monde !

Pauvre journal ! On t’achète « pour voir » on te lit par curiosité. Si tu conviens on s’abonne. Si tu ne conviens pas on te laisse ! Pourquoi donc les rédacteurs des nouveaux journaux se mettent-ils martel en tête pour faire une profession de foi ? Ils ont en vérité bien du temps à perdre, et bien de la bonté de reste !

Un journal ne s’impose pas par une profession de foi, il s’impose à la longue, par la variété, la quantité et la qualité de ses nouvelles et plus encore par le bon sens de ses réflexions et la loyauté de ses polémiques.

Le Nouvelliste du Morbihan s’adresse au bon sens du peuple. Il n’a pas de parti ou d’amis à soutenir « quand même » et parfois hélas au détriment de la vérité.

Il ne mentira pas au peuple qu’il veut non pas séduire par de fallacieuses promesses, mais éclairer et instruire.

Indépendant de toute coterie, il relèvera seulement de sa conscience et de Dieu. »

Pour l’anecdote nous reprendrons cette information en rubrique Lorient:

« Le matelot Chalm, qui avait donné un coup de marteau sur la tête du gendarme Rio, a été condamné à 5 ans de prison, malgré une chaleureuse plaidoirie de Me De Vogelsang son avocat. »

 

 

 

C’est le 30 décembre 1886 que paraît une nouvelle version du Nouvelliste du Morbihan née de la fusion du premier journal et du Courrier de Bretagne édité depuis 1859, dont le siège est situé au 100 de la rue du Port. C’est un bi-hebdomadaire aux tendances impérialistes nettement accusées, dirigé par Monsieur Auger.

Monsieur Cathrine, Pontivyen d’origine, reprend l’affaire et sort son premier numéro le 30 décembre 1886 en gardant toutefois la date d’origine de la filiation puisqu’il mentionne 28e année dans le haut à gauche. Le prix affiché est de 10 centimes.

Ce Nouvelliste du Morbihan qui sort le jeudi et le dimanche est présenté comme étant un  Organe des Intérêts du Département - Feuille d’Annonces Judiciaires et Commerciales

 La nouvelle direction établit un premier contact avec ses lecteurs dans un éditorial signé de la rédaction:

« Le programme du journal que nous présentons au public est tout écrit dans son titre: Le Nouvelliste du Morbihan, il semblerait que ce titre doit suffire, ce n’était un usage consacré de dire qui l’on est et ce que l’on veut. Ainsi pour satisfaire à cet usage,

nous dirons tout de suite que ce journal n’est point l’organe d’un parti, mais bien l’œuvre d’écrivains qui se promettent de renseigner leurs lecteurs sur tout ce qui se passe dans le département, de la façon la plus précise et la plus impartiale.

 

   Le Nouvelliste , qui a été dans le principe une annexe du Courrier de Bretagne, l’un des plus anciens journaux politique et qui pendant longtemps a fait autorité dans le département, a changé de propriétaire et est une fusion des deux feuilles. Nous avons conservé ce titre parce qu’il n’a point été mêlé aux violentes polémiques qu’a soutenues en ces derniers temps Le Courrier de Bretagne et parce qu’il répond mieux à la ligne de conduite que sa nouvelle administration s’est tracée. Son rôle est d’enregistrer tout ce qui est capable d’intéresser les lecteurs, à quelque parti qu’ils appartiennent, et ceux-ci trouvent ainsi réunis de nombreux renseignements épars dans des feuilles spéciales. »

   « Journal des intérêts du département, il insère les arrêtés de la préfecture, des sous-préfectures, les mairies, etc., les nominations dans le clergé, la douane, l’inspection d’académie, etc.

    Journal des faits locaux, il publie les belles actions, incendies, accidents, états civils, tribunaux, etc.

    Journal maritime, il puise aux sources officielles les nominations et les arrêtés concernant la marine nationale et la marine marchande; il donne le mouvement des ports.

   Journal agricole, il relate particulièrement le cours des céréales, le résultat des concours et des comices.

   Journal industriel et commercial, il insère les adjudications du département et en donne les résultats.

   Journal littéraire et récréatif, il publie en feuilleton les œuvres de nos célèbres romanciers, des variétés, facéties, bons mots.

   Le Nouvelliste est encore l’organe de la publicité la plus sérieuse et la plus efficace, car, nous le répétons, il ne se départira pas de sa ligne de conduite qui est absolument indépendante et sera par ce fait même lu par tout le monde. »

   Deux informations tirées des « Nouvelles du Jour », à la une de ce premier exemplaire:

   «  M. Paul Féval, fils du romancier bien connu, a été victime d’un accident. Ayant eu l’imprudence de nettoyer son revolver sans le décharger, il l’a fait partir, et une balle l’a légèrement atteint au ventre, mais sans perforer les intestins.

   Le paquebot le Melbourne, à bord duquel se trouve la famille de M. Paul Bert, traverse en ce moment la mer Rouge. Quant au transport l’Anamite, qui ramène le corps du résident général, il est actuellement entre Colombo et Aden. Il arrivera le 3 ou le 4 janvier ».

 

   Le journal remporte un réel succès. En 1892 les installations sont transférées au 87 de la rue du Port avec la mise en route d’un matériel d’impression plus performant permettant de « sortir » le bi-hebdomadaire à 3600 exemplaires à l’heure. L’année 1898 verra un nouveau déménagement, vers la place Bisson, et l’acquisition d’une nouvelle machine pouvant imprimer 12000 journaux pliés. A partir de 1904 la parution devient tri-hebdomadaire. En 1914 un nouvel investissement dans du matériel d’imprimerie permet de tirer sur huit pages. Le Nouvelliste du Morbihan devient quotidien du soir le 22 septembre 1914.

   Le fondateur Monsieur Cathrine meurt en 1920, Alexandre Cathrine prend la direction, s’installe dans l’immeuble à l’angle de la place Bisson et de la rue Bodelio. Il met en service, en 1924 et 1934, deux rotatives « Wifag » fabriquées en Suisse tirant 36000 journaux à l’heure. Le prix de vente est fixé à 15 centimes. L’effectif au siége est de 6 journalistes, environ 340 correspondants, des bureaux à Vannes, Pontivy, Quimperlé.


   Parallèlement Le Nouvelliste sort un ouvrage remarquable L’Annuaire des 50000 adresses de l’Arrondissement de Lorient avec le concours de plusieurs administrations. Tous les noms des habitants sont mentionnés, par rues, par ordre alphabétique, par professions. Une mine d’or pour ceux qui veulent faire des recherches de nos jours.


   Puis c’est la guerre, les bombardements sur Lorient, le journal est transféré à Vannes où il est imprimé sur les presses de l’Imprimerie du Commerce, les autorités allemandes ayant obligé Monsieur Boisard, le directeur, à mettre ses locaux à la disposition d’Alexandre Cathrine. Le dernier numéro du Nouvelliste est daté du 5 août 1944.

   Dans une édition de janvier 1943 on pouvait lire ce type d’annonce:

 

KRIEGSMARINEWERFT

LORIENT

Demande d’urgence: Femmes de ménage, laveuse, manœuvres…

S’adresser au bureau d’embauche Kriegsmarinewerft 

 

5 août 1944, fin du Nouvelliste dans sa 58e année

 

Le 4 août 1944 le Comité Départemental de la Libération de Vannes, comme partout dans la France Libérée est chargé de faire régner la justice. Le Préfet Onfroy, en application des textes législatifs du gouvernement provisoire, ordonne par un arrêté l’interdiction de publication à tous les journaux ayant commencé à paraître après le 25 juin 1940, ils sont suspectés de collaboration avec l’occupant. Ces mesures frappent Le Nouvelliste avec mise sous séquestre des biens.

Le 6 août sous l’égide du Comité de la Libération paraît Le Morbihan Libéré avec un éditorial de Jean Le Duigou:

« …. Le Morbihan Libéré démarre ce soir. Ses prétentions sont modestes. Ses moyens et sa durée limités. C’est un organe de transition qui s’efforcera de pourvoir, avec les moyens du bord, aux nécessités d’une information haletante.

Demeure entière l’immense tâche de reconstruction économique et morale qui nous attend sur le plan de notre Morbihan. Devant cette grandeur de l’œuvre, la même fois dans le destin de la France nous domine ici, aujourd’hui en ces heures radieuses, tout autant qu’hier, dans les jours sombres. De toute notre bonne volonté nous nous efforcerons de porter à l’édifice national notre modeste pierre. »

Dans le numéro 14 du Morbihan Libéré daté du 20 août 1944 la création de La Liberté du Morbihan est annoncée sous la plume de Jean Le Duigou:

Lentement, la libération du Morbihan se poursuit. Les troupes allemandes bloquées autour de Lorient, affirment leur résistance par des coups de boutoirs désespérés. Notre joie serait plus pure, si elle n’était pas payée du nouveau calvaire que la guerre impose à la cité martyre et à tous ceux qui, dans sa région, se trouvent encore broyés dans les mâchoires de fer et de feu de la suprême bataille.

Sorti de ces journées inoubliables, Le Morbihan Libéré se tourne vers l’avenir, ses problèmes et ses travaux. Le titre de ce journal, qui avait lui-même épousé l’ambiance de ses deux semaines, est désormais dépassé. Nous nous sommes efforcés de traduire ces journées de folle liesse, où rien ne comptait plus que les drapeaux et les ovations, où tout semblait-il, pouvait être oublié dans la fuite éperdue de ces heures émouvantes, jusqu’aux matériels problèmes de ravitaillement. L’accueil enthousiaste qui a été réservé au premier journal libre paru dans toute la Bretagne a été, pour son équipe, la meilleure récompense.

« Organe de transition, de moyens et de durée limitée », avions nous précisé dès le premier numéro. Le moment est venu de sortir de cette période de transition pour nous attaquer, chacun à sa place et dans sa sphère, aux problèmes que pose l’avenir. Lundi, Le Morbihan Libéré paraîtra sous son titre définitif La Liberté du Morbihan…. »

 

Le numéro 1 de La Liberté du Morbihan portant la date du 22 août 1944.

 

    La Société « EDITIONS ET IMPRIMERIE DE BRETAGNE » est constituée le 17 novembre 1944. Cette Société a pour objet la création, l’impression et l’exploitation de journaux et revues. L’annonce légale a paru dans le journal « LA LIBERTE DU MORBIHAN » du 17 décembre 1944. Les membres fondateurs sont:

M. Paul CHENAILLER, Chef de la Résistance du Morbihan, lieutenant-colonel, commandant les Forces Françaises de l’Intérieur, du département, demeurant à Vannes.

M. Victor-Emmanuel SVOB, Maire de Lorient, replié à Auray, membre du Comité de Libération. Condamné pour sabotage en 1941, par le Conseil de Guerre allemand.

M. Joseph BELLEC, typographe, replié à Vannes, ancien prisonnier de guerre.

M. Jean BOURGAULT, comptable, replié à Vannes.

M. Arthur BISIAUX, négociant, juge au Tribunal de Commerce de Lorient, replié à Auray.

M. Pierre COSTARD, commerçant à Lorient, replié à Arradon, secrétaire de la Chambre de Commerce du Morbihan.

M. Jean DIESNIS, journaliste, ancien directeur de journaux, qui a refusé toute collaboration aux journaux sous l’occupation, demeurant à Auray.

M. Ange EVEILLARD, membre de la Résistance, dénoncé et recherché par la Gestapo en juillet 1944.

M. René GOURDON, chirurgien à Lorient, replié à Auray, médecin-capitaine, chirurgien des F.F.I. du Morbihan.

M. Emile GUIMARD, commandant des F.F.I. du Morbihan, agriculteur à Lizio.

M. Jean KLEIN, journaliste, replié à Vannes, ancien prisonnier de guerre évadé, condamné à mort par un Conseil de Guerre allemand le 29 août 1940.

M. Jean-Louis LE COUTALLER, instituteur à Persquen, commandant des F.F.I. du Morbihan, membre du Comité Départemental de Libération.

M. Edouard MAHEO, médecin-commandant, demeurant à Vannes, médecin-chef des F.F.I. du Morbihan.

M. Paul MANCEAU, commandant des F.F.I. du Morbihan, demeurant à Auray, arrêté et torturé par la Gestapo en août 1944.

M. Henri REMAUD, Président de l’Association des Commerçants, Industriels et Artisans de Lorient, replié à Vannes, condamné pour sabotage en 1941, par le Conseil de Guerre Allemand, dénoncé à la Gestapo, en juillet 1944.

M. André SAMZUN, industriel, secrétaire de l’Association des Commerçants, Industriels et Artisans de Lorient.

M. Marcel VINCE, chef de section de la S.N.C.F., replié à Carnac.

M. X…, représentant des Syndicats ouvriers, déporté en Allemagne.

M. Y…, syndicaliste, officier des F.F.I., déporté en Allemagne.

M. Z…, membre du Comité Départemental de la Libération, déporté en Allemagne.

La Liberté du Morbihan continuera d’être imprimée à Vannes jusqu’en mars 1951, date à laquelle le quotidien réintègre ses locaux lorientais dans l’immeuble situé au 18 de la place Bisson, faisant angle avec la rue Bodelio.


Les vieux locaux à l’angle de la place Bisson et de la rue Bodélio.

A cet emplacement s’élève aujourd’hui l’immeuble Plein Ciel. ( Photo Gaby Le Cam )

 

S’ensuit une période que l’on pourrait qualifier de « faste ». La « Lib! » devient, comme l’était Le Nouvelliste, le journal des Lorientais. Sous la direction de Paul Chenailler (Photo ci-contre) le quotidien prend de l’importance sur le Morbihan et le Sud-Finistère. Les effectifs, administratifs, journalistiques, techniques s’étoffent jusqu’à atteindre 140 personnes. La publicité est abondante, remplit parfois un peu trop les pages, mais rapporte beaucoup d’argent. Des rédactions fonctionnent à Vannes, Auray, des agences à Pontivy, Hennebont, Quimperlé et de nombreux correspondants locaux « couvrent » le département. Le journal a une excellente audience auprès des lecteurs. Des contacts journaliers ont lieu avec les instances institutionnelles, Préfecture, Chambre de Commerce, Justice, Mairies, Gendarmerie, Police. Faits divers, reportages, suivi des conflits sont développés dans les pages qui augmentent, allant quelquefois jusqu’à 28 le samedi avec les petites annonces, ce qui créaient certains soucis aux rotativistes.

Le 17 juin 1960, Paul Chenailler disparaît. Ce fut un rude coup pour La Liberté du Morbihan. Le « Colonel » qui dirigeait avec fermeté son entreprise avait de très nombreuses relations au plus haut niveau et avait d’importants projets pour son journal: conforter sa situation financière, réorganiser son personnel cadre qu’il considérait comme « de bons agents d’exécution, mais qui ne seront jamais des chefs », et sur le plan technique, investire dans du matériel performant, notamment des rotatives offset.

L’année 1961 verra le transfert du journal, de ses vétustes locaux de la place Bisson vers l’immeuble flambant neuf du 8 de la rue de Clairambault, conçu sur les plans de Paul Chenailler et qu’il n’aura jamais connu installé.

 

Donnant à l’angle des rues de Clairambault et Maréchal Foch les locaux étaient imposants pour l’époque. (Photo Gaby Le Cam)

 

Les deux fils, Maurice et Jacques Chenailler, prirent la suite de l’affaire. Assez rapidement Jacques Chenailler se retirera. Des négociations débutèrent avec le groupe Hersant qui entra dans la « maison » en 1963 à une époque où la situation de La Liberté était excellente, tirant une moyenne de 20000 exemplaires dans la semaine et allant jusqu’à 25000 le samedi, avec énormément de publicité. L’affaire était bonne et rapportait de l’argent dans les caisses du groupe Hersant. Maurice Chenailler (Photo ci-contre) conservera son poste de directeur. Les chefs de service restèrent en place pour un temps. Des modifications furent apportées dans la présentation de la « une », des rubriques intérieures. Par contre pas le moindre investissement en matériel, la composition était toujours au plomb, les rotatives étaient de plus en plus fatiguées. Elles tournaient depuis 1924 pour l’une et 1934 pour l’autre ! Les concurrents étaient passés à l’impression offset et la quadrichromie était devenue quotidienne dans leurs pages.

 

Le « marbre », atelier de montage au plomb. (Photo Gaby Le Cam)

 

Les vielles rotatives Suisses « Wifag » qui tiendront jusqu’au bout. (Photo Gaby Le Cam)

 

   Les années 1975-1980 verront des changements avec un va et vient de « Parisiens ». On s’inquiétait du chiffre des ventes qui baissait. Il n’était plus question de faire des transformations techniques qui auraient été trop importantes et surtout trop coûteuses. La solution envisagée, avant que les rotatives ne rendent l’âme, fut de se faire imprimer dans un autre journal du groupe, en l’occurrence à Nantes, à Presse Océan. Pour ce faire, et pour des contraintes techniques, il fallait passer en parution du matin, ce qui eu lieu le 2 novembre 1981. Ce fut un coup fatal, perte des habitudes des Lorientais et surtout, concurrence directe, aux mêmes heures, avec Ouest France et Le Télégramme. Enfin le vendredi 16 avril 1982, les vielles rotatives lorientaises « tournaient » pour la dernière fois. Il y eut beaucoup d’émotion parmi le personnel venu assister à cet ultime tirage.

 

Le dernier journal imprimé sur les rotatives lorientaises.

 

Le samedi 17 avril un « nouveau » journal voyait le jour, nouveau dans sa présentation, son format, avec de la quadrichromie en première page et dernière page. La photocomposition avait bouleversé les méthodes de travail des metteurs en page qui avaient manipulé le plomb toute leur vie. Plus tard allait venir l’informatique. Ces modifications de fabrication entraînèrent de nombreuses et importantes réductions de personnel. Malgré cela la situation financière était de plus en plus alarmante.

Le passage à l’informatique avec le matériel de transmission Datox. (Photo Gaby Le Cam)

 

Le 1er janvier 1983, Maurice Chenailler partait en préretraite, déjà atteint par la maladie qui devait l’emporter le 16 avril 1985.

 

Venant du Groupe, Michel Langlois prenait les rênes de l’entreprise en janvier 1983. Il fera des efforts pour relancer le journal mais n’y arrivera pas. Le « mariage » technique avec Presse Océan amenait beaucoup de complications, au niveau de la fabrication, des heures de bouclage. Il y avait aussi, il faut bien le dire, une mauvaise volonté de la part de la direction et du personnel nantais, La Liberté était considérée comme un boulet.

Michel Langlois fut remplacé en novembre 1986 par Hervé Le Gouallec qui lui venait de Nantes. Nouvelles tentatives de relance avec des enquêtes, des reportages, sans réussite marquante. Les pages nantaises de Presse Océan, qui devenaient de plus en plus nombreuses dans le quotidien lorientais, entraînèrent un désengagement du lectorat. Les ventes baissaient de plus en plus, le déficit devenait énorme. Le groupe épongeait, mais il était évident que la situation n’allait pas durer éternellement. L’effectif s’amenuisait, il ne restait plus qu’environ trente personnes. Le 20 septembre 1995 la fermeture fut annoncée pour la fin de l’année. En fait, le 28 octobre 1995 sortait la dernière Liberté du Morbihan, portant le numéro 251 tirée à 11754 exemplaires après 51 ans de parution, 136 ans en comptant les différentes filiations de titres depuis 1883. Une page de la vie lorientaise était définitivement tournée.

 

 

La dernière Liberté datée du 28 octobre 1995.

Acta est fabula

 

 

Bibliographie:

 

Jeff Falmor, On l’appelait Lorient la jolie, Editions CoopBreizh 1997.

Michel Faucheux, La Liberté du Morbihan sous Hersant, Editions IMPRIM’ART 1999.

Marcel Le Guen, Deux Siècles de Presse Écrite en Bretagne, Editions Coop Breizh 2002.

Charlotte Merle, Fine, Lorient est mort ! Vive Lorient ! Imprimerie Oberthur

Les archives personnelles et le vécu de l’auteur.